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Forum ESTP 2021
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Conférence inaugurale du Forum ESTP, le 9 décembre 2021, avec Joël Cuny, directeur général de l'ESTP (à gauche), Olivier Genis, président de l'association des anciens étudiants de l'école (au centre), et Jacques Huillard, président de la Fondation ESTP (à droite).
La fidélisation des jeunes : l'autre défi de l'emploi dans le BTP

DÉCRYPTAGE. Séduire de nouvelles recrues n’est pas le seul souci des entreprises de BTP, dont les besoins de recrutements sont considérables. Souvent, elles ont également des difficultés à garder leur talent, malgré les atouts qu’elles tentent de faire valoir.
 
 



"Choisissez bien votre entreprise, et restez-y !" Le message d’Olivier Genis, président d’Eiffage Construction mais aussi de l’association des anciens étudiants de l’ESTP, aux jeunes actuellement sur les bancs de l’école ne peut être plus direct. Invité le 9 décembre 2021 lors de la conférence inaugurale du dernier Forum ESTP, l'un des rendez-vous annuels du recrutement dans le BTP organisé par les étudiants eux-mêmes, le dirigeant a souhaité soulever un problème de taille pour la filière construction, s’ajoutant aux difficultés déjà grandes concernant l’attractivité des métiers: celui de la fidélisation des troupes.

"Dans beaucoup de têtes, une culture du zapping circule", observe-t-il en effet depuis quelques années. Concrètement, les jeunes qu'il voit arriver en entreprise restent généralement peu de temps. Les emplois qu'ils occupent ne constituent pour eux qu’une étape, un tremplin vers un autre poste dans un autre groupe, qui correspondrait mieux à leurs aspirations. "Or, nos sociétés ont besoin de stabilité et de s’appuyer sur un noyau de personnes fidèles pour bien avancer", martèle-t-il.


Rude concurrence



La concurrence est rude, tous les professionnels du secteur le savent. Entre les entreprises de construction tout d’abord qui cherchent parfois à débaucher des talents chez les confrères, et mettent en place des dispositifs comme de la cooptation (lire encadré). Les grands chantiers permettent d’attirer de nouvelles recrues également, au détriment parfois des sociétés des territoires limitrophes et/ou qui réalisent des chantiers davantage ancrés dans le "quotidien", comme ont pu déjà le noter des observateurs du secteur. Mais une fois la mission achevée, comment retenir les collaborateurs dans l'entreprise?

La cooptation, levier de recrutement et de fidélisation chez Léon Grosse



Léon Grosse devrait chercher à recruter environ 500 personnes en 2022, à différents types de poste du compagnon au cadre, selon Marc Augusti, directeur régional Ile-de-France, rencontré au Forum ESTP. L’entreprise mise sur ses valeurs et son état d’esprit "familial", ses possibilités de mobilité, et sur le fait que les collaborateurs se sentent bien dans l’entreprise – elle a reçu en septembre 2021 la certification Great place to work, une première dans le BTP français -, pour attirer et fidéliser ses troupes. Pour convaincre et montrer l’exemple, le groupe pense que ses meilleurs ambassadeurs sont les salariés eux-mêmes. Il a ainsi mis en place un outil de cooptation qui "fonctionne bien", assure Marc Augusti : "Nous avons tous un réseau, des relations professionnelles en dehors de l’entreprise. Nous avons et savons partager notre histoire." La cooptation, il en est persuadé, est un levier puissant de recrutement, comme de fidélisation.


Il y a aussi les cas particuliers. Dans les métiers liés au numérique, les entreprises de la construction se retrouvent en compétition avec… tous les autres secteurs d’activité ! Le BTP essaie ainsi de marquer sa différence armée de plusieurs arguments pour resserrer les rangs. Le premier : "nous sommes un domaine en croissance et nous sommes beaucoup développés", explique par exemple Sunita Kahteran, responsable du développement RH de Ramery, rencontrée sur le Forum ESTP.

Secteur en croissance et en transformation



S’il a lourdement été frappé par les crises précédentes, "nous nous sommes relevés", affirme-t-elle. Surtout, le BTP a plutôt bien passé la crise covid ! Malgré un arrêt brutal lors du premier confinement, l’activité a repris rapidement. Par ailleurs, les projets ne manquent pas, et le plan de relance a permis de mettre davantage l’accent sur la rénovation énergétique ou encore de soutenir des chantiers à venir dans les transports pour ne citer que deux exemples.

Dernier argument : "le secteur connaît de fortes transformations et va accompagner celles de la société bas carbone", estime Julien Guez, directeur général de la FNTP lors d’une rencontre avec Batiactu. "Avec la prise en compte du développement durable, nos métiers ont connu plus d’évolutions majeures ces 3 dernières années qu'au cours des 30 précédentes", explique même Olivier Genis aux étudiants de l’ESTP.

Les sociétés d’ingénierie tentent de faire valoir leur différence



Dans un univers déjà très concurrentiel, les sociétés d’ingénierie peinent parfois à faire le poids dans le milieu de la construction. En termes d’attractivité, "nous devons mieux faire connaître nos métiers, car les étudiants sont très à l’écoute des entreprises générales et nous apparaissons plus en retrait", remarque sur le Forum ESTP Alexandre de Miranda, chargé de recrutement chez Artelia. Or, "nous proposons une grande diversité de projets et d’opportunité, avec la possibilité de toucher un peu à tout et aussi d’évoluer géographiquement", fait-il valoir.

Si ces arguments parviennent à convaincre de rejoindre les rangs de l’ingénierie, reste ensuite à faire retenir les personnes recrutées. Sauf que "la relation contractuelle avec nos clients, pas toujours équilibrée ou perçue comme telle par nos équipes, peut parfois nous desservir", constatait il y a peu Yves Metz, président d’Ingérop, dans nos colonnes. Certains collaborateurs peuvent ainsi décider de partir dans la maîtrise d’ouvrage public, ou dans les entreprises de BTP, a-t-il pu observer.


Adaptation et valeurs communes



Le BTP s’affiche plus que jamais comme "acteur pour la planète", pour reprendre l’expression de la campagne de la FNTP sur cette thématique. Le secteur veut montrer qu’il faut compter avec ses entreprises pour atteindre la neutralité carbone, valorise ses innovations pour y parvenir, multiplie les initiatives pour prouver sa bonne foi… Il s’adapte aussi par la même occasion aux attentes des générations les plus récentes sur le marché du travail, conscient que "[leurs] attentes ne sont pas les mêmes que [leurs] prédécesseurs", souligne Olivier Genis.

Le président d’Eiffage Construction estime enfin que les nouveaux arrivants ont "de la chance". Les besoins en recrutement sont tels dans le BTP – entre 30.000 et 50.000 par an dans les TP, 60.000 dans le bâtiment, 26.000 dans l’artisanat du bâtiment – que les candidats peuvent presque choisir leur entreprise. Pour eux et pour une marche optimale des sociétés de construction, il donne ainsi aux futurs ingénieurs un conseil : "Intéressez-vous à l’histoire, à la culture de l’entreprise et allez vers celles dont vous partager les valeurs", pour faire un bon bout de chemin ensemble.


Jessica Ibelaïdene (21/12/2021)
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